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dimanche 15 mars 2026

Faust, une Légende Allemande


Faust, une Légende Allemande
 
Au XVIème siècle, un Archange et le Diable font un pari : si ce dernier parvient à démontrer que l’homme est aussi noir que Méphisto le croit, alors la Terre est à lui sinon il devra y renoncer. Son choix se porte sur Faust afin de prouver ses dires. Lorsque son choix est arrêté, il envoie la peste détruire le village de ce dernier. Devant un tel fléau Faust prie pour que la mort et les privations cessent mais rien ne se passe. Désespéré, il en vient à appeler le diable. Celui-ci lui propose le marché suivant : une période d’essai de 24 heures durant laquelle Méphisto sera à son service. Faust accepte et demande de sauver les villageois. Cependant, ceci vient avec un prix ; Faust ne peut plus s’approcher de tout ce qui est divin. Et quand les malades le découvrent, ils le bannissent. Faust décide de faire un second marché avec Satan : jeunesse, les plaisirs terrestres et royaumes contre son âme. L’échange est scellé avec la duchesse de Parme. Avec le temps, Faust se lasse de ses excès et aimerait revoir sa ville. Obligé d’obéir, Méphisto le ramène. Quand ils arrivent, les cloches de la cathédrale sonnent, la messe se termine. Sur le parvis, Faust est attiré par une jeune fille.
 

Faust, une Légende Allemande
Réalisation : Friedrich Wilhelm Murnau
Scénario : Hans Kyser d’après l’œuvre de Johann Wolfgang von Goethe
Musique : Werner Richard Heymann
Production : UFA – Universum, Film Aktien Gesellschaft
Genre : Fantastique
Titre en vo : Faust – Eine deutsche Volkssage
Pays d'origine : République de Weimar
Langue d'origine : allemand
Date de sortie : 14 octobre 1926
Durée : 107 mn

Casting :
Gösta Ekman : Faust
Emil Jannings : Méphisto
Camilla Horn : Gretchen
Frida Richard : la mère de Gretchen
William Dieterle : Valentin, frère de Gretchen
Yvette Guilbert : Marthe Schwerdtlein, tante de Gretchen
Eric Barclay : le duc de Parme
Hanna Ralph : la duchesse de Parme
Werner Fuetterer : l'archange
Hans Brausewetter : Bauernbursche / Farmboy
Lothar Müthel : Mönch / Friar
 
Mon avis :
 Faust est un nom connu de beaucoup. C’est l’histoire d’un vieil homme dont le village est ravagé par une épidémie de peste qui s’abat en raison des pouvoirs de Méphisto. Ce dernier a parié, avec un Archange, que l’homme, par nature, est mauvais et peut être facilement soumis à ses tentations, et que s’il parvient à prouver qu’il a raison, alors il dominera le monde. Sur la base de ce pari entre forces divines et diaboliques se joue alors le destin de l’humanité, qui, vous l’avez compris, va donc reposer sur les vieilles épaules de Faust. Et c’est donc sur cette base que va également se construire une œuvre marquant un nouveau tournant chez le sieur Friedrich Wilhelm Murnau qui, pour rappel, nous avait déjà époustouflés avec le fameux Nosferatu le Vampire. Ainsi, celui qui avait fait de l’expressionnisme un mouvement aux fortes influences sur ses premières œuvres, et qui s’en était, petit à petit, détourné, y revient pour transcender ses codes. Ici, l’art du cinéaste allemand prend une nouvelle dimension, de par ses choix esthétiques mais aussi de par ses choix thématiques. Faust, une Légende Allemande s’inscrit dans la lignée de ses précédents films, utilisant la vanité, la fragilité et les envies du personnage principal qui, s’il est un guide pour le peuple, n’en reste pas moins soumis à ses propres tentations, qui vont devenir ses principales préoccupations. Ainsi, notre bon vieux Docteur Faust a certes un idéal, cependant, son atteinte exige sacrifices et trahisons, et elle n’octroie que déception et désolation. De la volonté de réaliser le bien surgit le mal, opportuniste, aux nombreuses promesses, rendant presque protectrice et avenante la figure diabolique, ce compagnon de route étrange et imprévisible. C’est un monde où la foi s’effrite, écrasé par la peur de pouvoirs qui le dépassent. La seule porte de sortie pour Faust est donc le repli sur lui-même, fuir le regard de ceux qui l’ont banni car il a pactisé avec le malin, et délaisser la foi pour des envies égoïstes quand aider les autres est devenu vain et impossible. Et, comme souvent chez Murnau, la femme sera à l’origine du bouleversement et de la révélation cruciale. Dans un immense tableau gothique aux accents expressionnistes, Murnau associe les puissances universelles aux forces de l’intime et de la conscience et imprime sur pellicule certaines des plus belles images qu’ait connues le Septième Art. En effet, au-delà de l’adaptation de l’histoire (notamment popularisée par l’œuvre de Goethe), ici proposée par Murnau, on ne peut qu’admirer le travail effectué sur l’esthétique de ce Faust. Le sieur Murnau n’en est, certes, pas à son premier coup d’éclat, ayant déjà, certainement, atteint un sommet en termes de prouesses visuelles dans ses précédents films. Ici, les lumières ont un rôle prépondérant dans la communication entre l’œuvre et le spectateur, faisant baigner le film dans un clair-obscur d’une beauté rare, s’inspirant de l’expressionnisme, mais créant une frontière moins marquée entre ombres et lumière que dans les premiers films expressionnistes, que l’on qualifie de caligariens. Cette ambiguïté matérialise cet équilibre précaire entre forces du Bien et du Mal, cette indécision chez Faust, qui voulait faire le bien, mais qui a trouvé une source de prospérité intérieure grâce aux forces du Mal. L’errance solitaire de Faust au clair de lune, l’invocation de Méphisto, les scènes de désolation, le vol au-dessus du monde sur la cape de Méphisto, ou encore la fameuse scène où ce dernier cache le soleil… Les images s’impriment dans notre conscience, déployant leur force évocatrice pour conférer au film une puissance impressionnante. C’est ainsi que Murnau, parti de l’expressionnisme pour, ensuite, s’intéresser à des thématiques plus terre-à-terre comme le rapport à l’argent et au statut social, synthétise et transcende ces thématiques en mettant en lumière l’élément essentiel et incontrôlable qui peut tout changer : l’amour. Une force irrésistible, implacable, qui façonne et détruit les êtres humains, mais qui est surtout essentielle, permettant de garder la foi en la nature humaine, qui finit toujours par se transcender par l’amour. C’est ce dernier qui continuera, d’ailleurs, à agir en silence dans les prochains films du cinéaste allemand. Avec Faust, une Légende Allemande, nul doute que Friedrich Wilhelm Murnau atteint un véritable sommet, réalisant un film à la beauté incroyable, invoquant toute la force d’un art encore jeune mais ayant acquis une maturité certaine. Une œuvre immense et merveilleuse.
 

Points Positifs
 :
- Un des plus grands films du cinéma expressionniste allemand, un classique absolu du genre maitrisé d’une main de maitre par le grand et inimitable Friedrich Wilhelm Murnau qui, en s’attaquant a l’une des plus célèbres légendes germaniques, nous livre un chef d’œuvre absolu où fourmille moult bonnes idées et qui s’avère parfait de bout en bout.
- Une fois de plus, Friedrich Wilhelm Murnau nous fait une incroyable démonstration de son immense talent dans la mise en scène, faisant preuve d’une imagination sans limites et d’une inventivité pour le moins audacieuse que l’on peut qualifier, sans peine, de peu commune.
- Un casting de qualité composé de quelques grands noms ou de futurs grands noms du cinéma allemand de l’entre-deux guerres. Naturellement, Emil Jannings est la figure le plus marquante du lot pour son interprétation haute en couleur de Méphisto.
- Effets spéciaux, décors, costumes, effets de lumières, inspiration de tableaux célèbres lors de certaines séquences : nous dépassons, ici, le simple expressionisme allemand…
- Une thématique a priori simpliste puisque celle-ci met en avant la lutte entre le bien et le mal mais qui s’avère être pour le moins excellente, étant, il faut le reconnaitre, fort bien traitée.

Points Négatifs :
- Bien entendu, Faust, une Légende Allemande n’est absolument pas un film destiné au grand public et il faut reconnaitre que, avec son siècle d’existence, celui-ci, actuellement, n’est uniquement destiné qu’à une petite frange du public que l’on qualifiera de connaisseurs…

Ma note : 8,5/10

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