Faust,
une Légende Allemande
Au
XVIème siècle, un Archange et le Diable font un pari : si ce dernier
parvient à démontrer que l’homme est aussi noir que Méphisto le croit, alors la
Terre est à lui sinon il devra y renoncer. Son choix se porte sur Faust afin de
prouver ses dires. Lorsque son choix est arrêté, il envoie la peste détruire le
village de ce dernier. Devant un tel fléau Faust prie pour que la mort et les
privations cessent mais rien ne se passe. Désespéré, il en vient à appeler le
diable. Celui-ci lui propose le marché suivant : une période d’essai de 24
heures durant laquelle Méphisto sera à son service. Faust accepte et demande de
sauver les villageois. Cependant, ceci vient avec un prix ; Faust ne peut plus
s’approcher de tout ce qui est divin. Et quand les malades le découvrent, ils
le bannissent. Faust décide de faire un second marché avec Satan : jeunesse,
les plaisirs terrestres et royaumes contre son âme. L’échange est scellé avec
la duchesse de Parme. Avec le temps, Faust se lasse de ses excès et aimerait
revoir sa ville. Obligé d’obéir, Méphisto le ramène. Quand ils arrivent, les
cloches de la cathédrale sonnent, la messe se termine. Sur le parvis, Faust est
attiré par une jeune fille.
Faust, une Légende Allemande
Réalisation : Friedrich
Wilhelm Murnau
Scénario : Hans
Kyser d’après l’œuvre de Johann Wolfgang von Goethe
Musique : Werner
Richard Heymann
Production : UFA
– Universum, Film Aktien Gesellschaft
Genre : Fantastique
Titre
en vo : Faust – Eine deutsche Volkssage
Pays
d'origine : République de Weimar
Langue
d'origine : allemand
Date
de sortie : 14 octobre 1926
Durée : 107
mn
Casting :
Gösta
Ekman : Faust
Emil
Jannings : Méphisto
Camilla
Horn : Gretchen
Frida
Richard : la mère de Gretchen
William
Dieterle : Valentin,
frère de Gretchen
Yvette
Guilbert : Marthe
Schwerdtlein, tante de Gretchen
Eric
Barclay : le duc de Parme
Hanna
Ralph : la duchesse de Parme
Werner
Fuetterer : l'archange
Hans
Brausewetter : Bauernbursche
/ Farmboy
Lothar
Müthel : Mönch / Friar
Mon
avis : Faust est un nom connu de
beaucoup. C’est l’histoire d’un vieil homme dont le village est ravagé par une
épidémie de peste qui s’abat en raison des pouvoirs de Méphisto. Ce dernier a
parié, avec un Archange, que l’homme, par nature, est mauvais et peut être
facilement soumis à ses tentations, et que s’il parvient à prouver qu’il a
raison, alors il dominera le monde. Sur la base de ce pari entre forces divines
et diaboliques se joue alors le destin de l’humanité, qui, vous l’avez compris,
va donc reposer sur les vieilles épaules de Faust. Et c’est donc sur cette base
que va également se construire une œuvre marquant un nouveau tournant chez le
sieur Friedrich Wilhelm Murnau qui, pour rappel, nous avait déjà époustouflés
avec le fameux Nosferatu
le Vampire. Ainsi, celui qui avait fait de l’expressionnisme un
mouvement aux fortes influences sur ses premières œuvres, et qui s’en était,
petit à petit, détourné, y revient pour transcender ses codes. Ici, l’art du
cinéaste allemand prend une nouvelle dimension, de par ses choix esthétiques
mais aussi de par ses choix thématiques. Faust,
une Légende Allemande s’inscrit dans la lignée de ses précédents films,
utilisant la vanité, la fragilité et les envies du personnage principal qui,
s’il est un guide pour le peuple, n’en reste pas moins soumis à ses propres
tentations, qui vont devenir ses principales préoccupations. Ainsi, notre bon
vieux Docteur Faust a certes un idéal, cependant, son atteinte exige sacrifices
et trahisons, et elle n’octroie que déception et désolation. De la volonté de
réaliser le bien surgit le mal, opportuniste, aux nombreuses promesses, rendant
presque protectrice et avenante la figure diabolique, ce compagnon de route étrange
et imprévisible. C’est un monde où la foi s’effrite, écrasé par la peur de
pouvoirs qui le dépassent. La seule porte de sortie pour Faust est donc le
repli sur lui-même, fuir le regard de ceux qui l’ont banni car il a pactisé
avec le malin, et délaisser la foi pour des envies égoïstes quand aider les
autres est devenu vain et impossible. Et, comme souvent chez Murnau, la femme
sera à l’origine du bouleversement et de la révélation cruciale. Dans un
immense tableau gothique aux accents expressionnistes, Murnau associe les
puissances universelles aux forces de l’intime et de la conscience et imprime
sur pellicule certaines des plus belles images qu’ait connues le Septième Art. En
effet, au-delà de l’adaptation de l’histoire (notamment popularisée par l’œuvre
de Goethe), ici proposée par Murnau, on ne peut qu’admirer le travail effectué
sur l’esthétique de ce Faust. Le
sieur Murnau n’en est, certes, pas à son premier coup d’éclat, ayant déjà,
certainement, atteint un sommet en termes de prouesses visuelles dans ses
précédents films. Ici, les lumières ont un rôle prépondérant dans la
communication entre l’œuvre et le spectateur, faisant baigner le film dans un
clair-obscur d’une beauté rare, s’inspirant de l’expressionnisme, mais créant
une frontière moins marquée entre ombres et lumière que dans les premiers films
expressionnistes, que l’on qualifie de caligariens. Cette ambiguïté matérialise
cet équilibre précaire entre forces du Bien et du Mal, cette indécision chez
Faust, qui voulait faire le bien, mais qui a trouvé une source de prospérité
intérieure grâce aux forces du Mal. L’errance solitaire de Faust au clair de
lune, l’invocation de Méphisto, les scènes de désolation, le vol au-dessus du
monde sur la cape de Méphisto, ou encore la fameuse scène où ce dernier cache
le soleil… Les images s’impriment dans notre conscience, déployant leur force
évocatrice pour conférer au film une puissance impressionnante. C’est ainsi que
Murnau, parti de l’expressionnisme pour, ensuite, s’intéresser à des
thématiques plus terre-à-terre comme le rapport à l’argent et au statut social,
synthétise et transcende ces thématiques en mettant en lumière l’élément
essentiel et incontrôlable qui peut tout changer : l’amour. Une force
irrésistible, implacable, qui façonne et détruit les êtres humains, mais qui
est surtout essentielle, permettant de garder la foi en la nature humaine, qui
finit toujours par se transcender par l’amour. C’est ce dernier qui continuera,
d’ailleurs, à agir en silence dans les prochains films du cinéaste allemand.
Avec Faust, une Légende Allemande,
nul doute que Friedrich Wilhelm Murnau atteint un véritable sommet, réalisant
un film à la beauté incroyable, invoquant toute la force d’un art encore jeune
mais ayant acquis une maturité certaine. Une œuvre immense et merveilleuse.
Points
Positifs :
-
Un des plus grands films du cinéma expressionniste allemand, un classique
absolu du genre maitrisé d’une main de maitre par le grand et inimitable Friedrich
Wilhelm Murnau qui, en s’attaquant a l’une des plus célèbres légendes
germaniques, nous livre un chef d’œuvre absolu où fourmille moult bonnes idées
et qui s’avère parfait de bout en bout.
-
Une fois de plus, Friedrich Wilhelm Murnau nous fait une incroyable démonstration
de son immense talent dans la mise en scène, faisant preuve d’une imagination
sans limites et d’une inventivité pour le moins audacieuse que l’on peut
qualifier, sans peine, de peu commune.
-
Un casting de qualité composé de quelques grands noms ou de futurs grands noms
du cinéma allemand de l’entre-deux guerres. Naturellement, Emil Jannings est la
figure le plus marquante du lot pour son interprétation haute en couleur de Méphisto.
-
Effets spéciaux, décors, costumes, effets de lumières, inspiration de tableaux
célèbres lors de certaines séquences : nous dépassons, ici, le simple
expressionisme allemand…
-
Une thématique a priori simpliste puisque celle-ci met en avant la lutte entre
le bien et le mal mais qui s’avère être pour le moins excellente, étant, il
faut le reconnaitre, fort bien traitée.
Points Négatifs :
-
Bien entendu, Faust, une Légende Allemande n’est absolument
pas un film destiné au grand public et il faut reconnaitre que, avec son siècle
d’existence, celui-ci, actuellement, n’est uniquement destiné qu’à une petite
frange du public que l’on qualifiera de connaisseurs…
Ma note : 8,5/10
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