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dimanche 15 mars 2026

M le Maudit


M le Maudit
 
Dans une cité ouvrière, une mère attend impatiemment le retour de sa fille de l'école, mais un inconnu, dont seule l'ombre apparaît à l'écran, réussit à attirer l'enfant en lui offrant un ballon de baudruche. Après avoir découvert le cadavre de la petite, la police intensifie ses efforts de recherche, en vain. Des avis de recherche sont lancés et une récompense est promise. Les habitants en viennent à se soupçonner les uns les autres. Les dénonciations anonymes font croître la tension et les policiers sont à bout de force. Cependant, les rafles et les contrôles incessants dérangent les bandes criminelles dans leurs affaires. Aussi la pègre locale décide-t-elle, sous la direction de Schränker, de chercher elle-même le meurtrier et utilise dans ce but le réseau des mendiants.
 

M le Maudit
Réalisation : Fritz Lang
Scénario : Fritz Lang, Thea von Harbou, Paul Falkenberg
Musique : Edvard Grieg
Production : Nero-Film
Genre : Thriller, Drame
Titre en vo : M, Eine Stadt sucht einen Mörder
Pays d'origine : Allemagne
Langue d'origine : allemand
Date de sortie : 11 mai 1931
Durée : 117 mn

Casting :
Peter Lorre : Hans Beckert, alias M
Ellen Widmann : Mme Beckmann
Inge Landgut : Elsie Beckmann
Otto Wernicke : Commissaire Karl Lohmann
Theodor Loos : Inspecteur Groeber
Gustaf Gründgens : Schränker, chef de la pègre
Friedrich Gnaß : Franz, cambrioleur
Theo Lingen : l'arnaqueur
Fritz Odemar : le tricheur
Paul Kemp : le pickpocket
Rosa Valetti : l'aubergiste
Hertha von Walther : la prostituée
Elisabeth Neumann-Viertel : la jeune prostituée
Hanna Maron : la petite fille
Klaus Pohl : le témoin / le borgne
 
Mon avis :
 Quatre ans après avoir réalisé le chef d’œuvre qu’est Metropolis, Fritz Lang se lance dans le cinéma parlant en cette lointaine année 1931. Une première incursion dans un art qui s’est profondément métamorphosé en très peu de temps, avec de nouveaux codes, que le cinéaste va très rapidement s’approprier. M le Maudit, c’est l’histoire d’une ville en proie à la folie meurtrière d’un inconnu qui s’en prend à des enfants au hasard en les attirant et en les tuant. C’est notamment la disparition et, très probablement, le meurtre d’une petite fille qui va soulever la colère de la population, et la faire réagir à l’unisson. D’un côté la police, amenée à faire son devoir, se voit en charge de mener de vastes rafles afin de dénicher le mystérieux tueur. De l’autre, la pègre, voyant la terreur qu’incite le tueur au sein de la population, et la menace que cela représente pour le bon fonctionnement de leurs affaires, se voit également dans le besoin de réagir afin de défendre ses intérêts. Le film se concentre donc sur cette vaste chasse à l’homme, d’un prédateur sexuel, qui va finalement aboutir à un simple modeste personnage apeuré, presque ingénu. La façon dont est menée l’enquête nous fait suivre la population dans la colère qui l’habite, et on a envie de voir le terrible pervers tueur d’enfants se faire coffrer et recevoir la punition qu’il mérite. Au final, on tombe sur un bonhomme simplement fou, habité par des pulsions qu’il ne contrôle pas, nous faisant simplement imaginer le bonhomme innocent et tranquille qu’il serait sans cette folie qui l’habite. On arrive alors à un vrai mur : comment ne pas comprendre ceux qui veulent voir cet individu payer pour ses crimes, mais comment, quelque part, malgré tout, ne pas avoir pitié de lui ? Il convient de rappeler que M le Maudit est le premier film parlant de Fritz Lang, et si l’arrivée du cinéma parlant a considérablement bouleversé les codes du Septième Art, le cinéaste allemand a rapidement su comment se les approprier et les exploiter pour donner vie à son film. Ici, le son est surtout un facteur d’emphase, intervenant pour mettre en évidence des détails essentiels, comme la mélodie sifflée par le tueur, ou, au contraire, souligner l’absence d’une petite fille qui tarde à rentrer chez elle. Allant jusqu’à rendre muettes certaines séquences, Fritz Lang plonge son film dans une atmosphère particulière, dans un silence assourdissant comme dirait Albert Camus, d’où émanent des clameurs et de longs débats, où le son est là pour mettre en évidence ce qui doit être observé. Incontestablement, M le Maudit pointe du doigt un phénomène encore courant aujourd’hui, où les événements sensationnels, relayés par les médias, alimentent et inspirent la création de bouc-émissaires, centre de préoccupation du peuple, qui trouve en cette haine un os à ronger pour plonger dans le piège pervers de l’insatiable quête de satisfaction. Constatant l’année de sortie du film, impossible de ne pas penser à la montée du Nazisme. Fritz Lang joue sur une ambiguïté permanente, entre l’application d’une justice expéditive, méritée, pour ce tueur d’enfants, et d’une véritable justice capable de considérer la pathologie dont il est victime. Le cinéaste propose ainsi le tableau d’une humanité déchirée et complexe, avec ses vertus et ses travers, ses justices et ses injustices, la foule, comme dans Les Nibelungen et Metropolis auparavant, devenant le véritable catalyseur de la rage des Hommes.


Points Positifs
 :
- Premier film parlant du grand Fritz Lang, M le Maudit est, incontestablement, une de ses plus belles réalisations. Ainsi, davantage qu’un simple triller, ce long métrage, bien plus profond qu’on pourrait le penser de prime abord, nous amène à réfléchir sur les multiples formes du mal, bien entendu, mais aussi sur la folie destructrice des foules humaines.
- Le tueur d’enfants est, incontestablement, un des plus grands assassins de l’histoire du cinéma mais aussi, finalement, un des plus pathétiques. Vous pensiez avoir affaire à un meurtrier sans scrupules ? A la place, vous avez droit à un pauvre type d’une banalité affligeante.
- L’ambigüité ressentie par le spectateur face à ce tueur d’enfants qui apparait davantage comme étant un individu paumé que comme un génie du mal.
- Une œuvre complexe qui amène le spectateur à réfléchir et qui, encore aujourd’hui, est d’une brulante actualité quand au rôle des médias et le besoin de se créer des boucs émissaires…
- Décors, ambiance, a quoi, bien entendu, il faut ajouter l’utilisation du son et des paroles, grande nouveauté pour Fritz Lang dans ce film et, accessoirement, nouveauté maitrisée d’une main de maitre.

Points Négatifs :
- Bien entendu, M le Maudit n’est absolument pas un film destiné au grand public et il faut reconnaitre que, avec son siècle d’existence, celui-ci, actuellement, n’est uniquement destiné qu’à une petite frange du public que l’on qualifiera de connaisseurs…

Ma note : 8,5/10

Metropolis


Metropolis
 
En 2026, Metropolis est une mégapole dans une société dystopique divisée en une ville haute, où vivent les familles intellectuelles dirigeantes, dans l'oisiveté, le luxe et le divertissement, et une ville basse, où les travailleurs font fonctionner la ville et sont opprimés par la classe dirigeante. Un savant fou, l’hybride Rotwang, met au point un androïde à l’apparence féminine, lequel sera chargé d'exhorter les ouvriers à se rebeller contre le maître de la cité, Joh Fredersen, ce qui permettra à celui-ci de les mater. Maria, une femme de la ville basse, essaie de promouvoir l'entente entre les classes, et emmène clandestinement des enfants d'ouvriers visiter la ville haute. Le groupe se fait repousser par les forces de l'ordre, mais Freder Fredersen, fils du dirigeant de Metropolis, tombe amoureux d'elle. En descendant dans la ville basse pour la retrouver, il voit un ouvrier épuisé défaillir à son poste de travail. Le rythme imposé par les machines étant trop élevé, une violente explosion se produit sur la machine M, tuant des dizaines de travailleurs. Dans la fumée, Freder a une hallucination et voit la machine M se transformer en Moloch, une divinité monstrueuse à laquelle les travailleurs infortunés sont sacrifiés.
 

Metropolis
Réalisation : Fritz Lang
Scénario : Fritz Lang, Thea von Harbou
Musique : Gottfried Huppertz
Production : Universum Film AG
Genre : Science-Fiction, Fantastique
Titre en vo : Metropolis
Pays d'origine : Allemagne
Langue d'origine : allemand
Date de sortie : 10 janvier 1927
Durée : 153 mn

Casting :
Alfred Abel : Joh Fredersen, le maître de Metropolis
Brigitte Helm : Maria / l'androïde
Gustav Fröhlich : Freder, le fils de Joh Fredersen
Rudolf Klein-Rogge : Rotwang, l'inventeur
Theodor Loos : Josaphat, le bras droit de Joh Fredersen / Joseph
Fritz Rasp : l'espion de Joh Fredersen, grand et mince
Erwin Biswanger : Georgy, ouvrier no 11811
Heinrich George : Grot, le contremaître, gardien de la machine centrale
Hanns Leo Reich : Marinus
Grete Berger : une travailleuse
Olly Boeheim : une travailleuse
Ellen Frey : une travailleuse
Lisa Gray : une travailleuse
Rosa Liechtenstein : une travailleuse
Helene Weigel : une travailleuse
Heinrich Gotho : le maître de cérémonie
Olaf Storm : Jan
 
Mon avis :
 Dans ma critique précédente, je vous avais parlé, pour la toute première fois, d’un long métrage du sieur Fritz Lang, sans nul doute et, sans exagération aucune, le plus grand réalisateur de l’histoire du cinéma germanique. Et donc, après l’excellent pour ne pas dire exceptionnel Les Nibelungen, il est temps, a présent, de m’attaquer a ce qui est, sans aucune discussion possible, un des plus grands films de l’histoire du Septième Art, je veux, bien entendu, parler de Metropolis. « Lorsque j’ai lu pour la première fois le manuscrit de Thea von Harbou, j’ai tout de suite compris que le travail qui m’attendait allait de très loin dépasser mes précédentes réalisations » déclara Fritz Lang. Metropolis la futuriste ne pouvait qu’être le fruit de l’imagination, car il n’existait pas de style moderne qui exprimait la complexité de cette mégalopole. Le projet fut, sans surprises, gigantesque, la ville fut un mélange de modèles réduits, de trucages et de décors. Gratte-ciel art déco, autoroutes et jardins suspendus, Tour de Babel composèrent donc le cœur de la cité. Cette modernité apparente eut, naturellement, un prix : elle ne pouvait vivre que par le biais de la sueur et du sang de milliers d’ouvriers qui se tuaient littéralement à activer des machines qui ne produisaient rien, mais qui réclamaient leur lot quotidien de morts et de blessés. Dans la ville basse, des équipes de nuit exténuées croisaient des équipes de jour qui se jetaient dans les ascenseurs qui les menaient à M, la machine centrale. M comme Metropolis, M comme Mutter, M comme Moloch, la divinité païenne des Phéniciens et des Ammonites. Comme l’antique Moloch-Baal, la machine avalait ses enfants, se délectait de leur chair. Toute mauvaise manipulation des leviers étant, fatalement, sanctionnée sur le champ. C’est ce que découvrira le jeune Freder quand il descendra dans les souterrains à la recherche de Maria, inoubliable Brigitte Helm. Si les ouvriers symbolisaient bien entendu le prolétariat opprimé par le capitalisme, Maria, elle, représentait le renouveau, la virginité et la foi. Maria réconfortait les masses oppressées, elle prêchait dans les catacombes de Metropolis, véritable chapelle qui rappelait les lieux de rencontre des premiers chrétiens. Elle offrait un espoir qui effrayait le dirigeant, concepteur de la cité, Joh Fredersen, père du jeune Freder. Le prénom Joh, naturellement, renvoyant à Jéhovah, le Dieu biblique. Monopoliste et dictateur, Fredersen contrôlait Metropolis de son bureau, entouré de consoles et de téléphones de surveillance. Tel un leader moderne, il régnait grâce à la communication et l’information. Bien évidement, ici, Fritz Lang jouait avec la symbolique religieuse. Derrière chaque pan de la ville, chaque habitant se dissimulait une métaphore. A ces références bibliques, le maître allemand ajouta la psychanalyse, une forme de pendant à la spiritualité. Relation au père et à la mère, complexe d’Œdipe tourmentaient Freder et les personnages principaux : Fredersen, Maria et Rotwang. Le sacré qui était incarné par Maria fut bafoué par Fredersen et le savant fou Rotwang. A eux deux, ils créèrent un doppelgänger de la vierge à partir d’un androïde féminin. La virtuosité de Lang explosa lors de cette traque effrénée menée par un Rotwang qui pourchassa Maria de sa lampe torche dans les catacombes. Si le film aura usé de très nombreux plans fixes, cette scène permis à Lang de multiples travellings. Un mouvement perpétuel qui se conclut par l’hallali. Lang se permettra une autre expérience de pur cinéma lors de la danse des voiles effectuée par la fausse Maria dans le Yoshiwara, le club des jeunes gens de bonne famille de la ville. Lang nous offrant alors un montage rythmé, empreint de modernité et visuellement époustouflant. Naturellement, ces scènes magnifiques préfigurèrent la catastrophe à venir. La fausse Maria déclencha la révolte. Les ouvriers, ivres de rage, détruisirent la machine centrale. Le chaos recouvra Metropolis. Finalement, c’est l’amour qui viendra à bout de l’entropie. Maria et Freder parvinrent à convaincre Fredersen que le cœur doit servir de médiateur entre la main et la tête. L’anti-technologie, les sentiments, l’emportant sur la modernité et ses moyens de production. Bien entendu, les exégèses de Metropolis sont légion. Ses interprétations sont multiples. Tout le monde a une idée de Metropolis, mais que faut-il y voir au juste ? Certainement pas le film écrit par Thea von Harbou en 1924 et mis en scène par Fritz Lang en 1926, puisqu’il n’existe plus depuis 1927. Il reste un film populaire, le plus connu et le plus regardé des films allemands. L’oméga de l’expressionnisme cinématographique. Un chef-d’œuvre qui continue d’inspirer les cinéastes modernes, que ce soit à travers Ridley Scott et son Blade Runner ou plus récemment avec les frères Wachowski et leur trilogie Matrix. Subsiste un film fondateur, certes incomplet à moins que ne survienne un jour un miracle, mais qui aura, sans aucune discussion possible, marquer l’histoire du Septième Art à tout jamais…
 

Points Positifs
 :
- Un des plus grands films de l’histoire du cinéma, tout simplement. Il faut dire que, malgré presque un siècle d’existence, Metropolis, même incomplet, n’en reste pas moins comme étant un chef d’œuvre absolu qui n’a strictement rien perdu de sa force et de son intensité, ce, malgré le temps écoulé. Chef d’œuvre intemporel aux multiples thématiques, il reste, encore aujourd’hui, le plus beau représentant d’un genre cinématographique tombé en désuétude depuis bien des décennies.
- Fritz Lang au sommet de son art et qui nous livre, tout simplement, une œuvre d’une profondeur peu commune, il faut en convenir. Visionnaire, époustouflante, terrifiante au vu de sa thématique de par son propos, Metropolis étonne encore le spectateur, quand a son final, peut-être un poil trop optimiste, il n’en reste pas moins excellent et, ma foi, c’est plutôt une bonne chose d’avoir un peu d’espoir par moments…
- L’expressionisme allemand au sommet de son art. Il faut dire que la cité de Metropolis, tentaculaire, inquiétante, a l’architecture folle, est probablement le summum du genre et, au passage, aura inspiré bien d’autres réalisateurs et autres créateurs d’univers dystopique par la suite.
- Masses oppressées par un travail abrutissant, élites vivant dans un autre monde fait de loisirs, symbolismes religieux, figure christique, nombreuses sont les thématiques présentes dans Metropolis, une œuvre bien plus profonde qu’on pourrait le penser de prime abord.
- Un casting cinq étoiles, bien entendu, même s’il faut être un spécialiste du cinéma germanique de l’entre deux guerres pour connaitre tout ce petit monde. Mention a Brigitte Helm qui est, naturellement, la grande figure de ce film.
- Décors grandioses, symbolisme écrasant de cette cité tentaculaire qui dévore, dans tous les sens du terme, ses habitants.
- Des effets spéciaux tout simplement stupéfiants si, naturellement, on se remet dans le contexte de l’époque.

Points Négatifs :
- Malheureusement, nous ne connaitrons probablement jamais Metropolis tel qu’il est sortit, en 1927, une partie des pellicules initiales étant perdues a jamais. Reste une œuvre majeure pour ne pas dire exceptionnelle mais qui n’en reste pas moins incomplète.
- Bien entendu, Metropolis n’est absolument pas un film destiné au grand public et il faut reconnaitre que, avec son siècle d’existence, celui-ci, actuellement, n’est uniquement destiné qu’à une petite frange du public que l’on qualifiera de connaisseurs…

Ma note : 10/10

Les Nibelungen


Les Nibelungen
 
Siegfried, fils du roi Siegmund de Xanten, termine son apprentissage chez le nain Mime. Il forge une magnifique épée. Désormais, il peut retourner chez lui, mais l'ambitieux jeune homme veut se rendre à Worms, capitale des Burgondes, pour conquérir la belle Kriemhild, sœur du roi Gunther. Traversant une forêt, il triomphe d'un dragon. Suivant les conseils d'un oiseau, il se trempe dans le sang du dragon qui le rend invulnérable à l'exception d'un endroit de son épaule où s'est posée une feuille de tilleul. Son voyage le mène ensuite sur le territoire des Nibelungen et s'empare du trésor volé aux filles du Rhin par le roi des Nains, Alberich, ainsi que du heaume magique (en fait un camail) qui lui permet de prendre n'importe quelle apparence. Déjouant une ruse du méchant nain, Siegfried le tue mais celui-ci a le temps de maudire tous ceux qui détiendront le trésor.
 

Les Nibelungen
Réalisation : Fritz Lang
Scénario : Thea von Harbou
Musique : Gottfried Huppertz, Richard Wagner
Production : Decla-Bioskop
Genre : Aventure, Fantastique, Drame
Titre en vo : Die Nibelungen
Pays d'origine : Allemagne
Langue d'origine : allemand
Date de sortie : 14 février 1924
Durée : 288 mn

Casting :
Margarete Schön : Kriemhild de Burgondie
Paul Richter : Siegfried de Xanten
Hans Adalbert Schlettow : Hagen de Tronje
Hanna Ralph : la reine Brunhild d'Islande
Theodor Loos : le roi Gunther de Burgondie
Gertrud Arnold : la reine Ute de Burgondie
Georg John : Mime, le maréchal-ferrant / Alberich le Nibelung / Blaodel (le frère d'Attila)
Hans Carl Mueller : Gerenot de Burgondie
Erwin Biswanger : Giselher de Burgondie
Bernhard Goetzke : Volker d’Alzey
Hardy von François : Dankwart
Frida Richard : la liseuse des runes
Yuri Yurovsky : le prêtre
Iris Roberts : l'enfant
Fritz Alberti : Dietrich de Bern
Hubert Heinrich : Werbel
Rudolf Klein-Rogge : le roi Attila
Georg August Koch : Hildebrandt
Rudolf Rittner : Rüdiger de Bechlarn
Grete Berger : une femme du peuple des Huns
 
Mon avis :
 Après vous avoir parler de ces véritables bijoux du cinéma expressionniste allemand que sont Nosferatu le Vampire et Faust une Légende Allemande, tous deux œuvres du sieur Friedrich Wilhelm Murnau, sans oublier, bien entendu, Le Golem de Paul Wegener, intéressons nous, a présent, a celui qui restera a jamais comme étant le plus grand des réalisateurs germaniques, je veux parler du célèbre Fritz Lang et, en guise d’entrée en matière, débutons par ce qu’il faut bel est bien appeler un chef d’œuvre, Les Nibelungen. Longtemps invisible et auréolé d’une sombre réputation du fait de sa récupération par le Troisième Reich, ce dernier est un monument absolu, que dis-je, un chef d’œuvre intemporel du Septième Art qui cent ans après sa sortie demeure toujours aussi époustouflant et moderne. Datant de 1924, Les Nibelungen qui s’ouvre sur l’intertitre Au peuple Allemand, est, sans conteste, un éloge du nationalisme allemand, ce, dans un contexte tourmenté de crise financière et politique dans un pays encore marqué par sa défaite durant la Première Guerre Mondiale et qui avait besoin de héros pour redorer son blason. Ainsi, alors que Fritz Lang s’exile vers les États-Unis dès 1933 et l’arrivée  au pouvoir d’Adolf Hitler, peu après la sortie du Testament du Docteur Mabuse qui sera interdit par le nouveau régime, l’État Nazi ressort alors la première partie du film, Siegfried, dans une version sonorisée, raccourcie et modifiée pour mieux coller à son idéologie, ce, tout en dédaignant la seconde partie, bien plus ambigüe. Encore présenté de nos jours comme étant un film de propagande par des historiens, il serait toutefois regrettable de ne le réduire qu’à cet aspect tant la dimension artistique du film semble avoir inspiré une part importante du cinéma mondial, de l’Heroic Fantasy en passant par le fantastique. Ainsi, ce qui saute aux yeux du spectateur en 2026, c’est, tout d’abord, l’effarante modernité de l’œuvre : tout y est déjà ! Les scènes d’action sont incroyablement rythmées et lisibles, les effets spéciaux, pour l’époque, demeurent des moments de bravoure stupéfiants entre ce dragon cracheur de feu long de sept mètres, une insensée mer de flammes protégeant le royaume de Brunhild, un dessin animé, Le rêve du Faucon, prédisant la chute de Siegfried tout comme cet arbre en fleur, symbolisant la vitalité du héros, qui dans un plan incroyable se transforme peu à peu en un crâne symbolisant sa mort… Aussi bien inspiré par l’expressionnisme allemand et les toiles de maîtres comme Casper David Friedrich que par les autres films colossaux de l’époque, Les Nibelungen déploient des décors somptueux et gigantesques réalisés notamment par le chef décorateur Otto Hunte, et qui avaient d’ailleurs subjugué un jeune visiteur du tournage, un certain Alfred Hitchcock. Des décors majestueux qui seront d’ailleurs réellement brûlés lors du final apocalyptique se déroulant durant la seconde partie, La Vengeance de Kriemhild. Oublié par l’État Nazi, ce second volet dépeint la terrible vengeance de la femme de Siegfried prête à tous les sacrifices et compromissions pour se venger de ses propres frères qui avaient assassiné le héros. Tourné en grande partie de nuit, fait rare à l’époque, ce final dépeint une véritable hécatombe causée aussi bien par l’inutilité d’une vengeance que par une loyauté inflexible qui se paye ici particulièrement cher. Inspiré de la Chanson des Nibelungen, récit médiéval utilisé au début du vingtième siècle pour symboliser le nationalisme allemand, l’œuvre de Lang prend toutefois ses distances de l’opéra de Richard Wagner. En effet, ici point de dieux mais seulement des hommes et des femmes (qui tiennent ici des rôles prépondérants), tour à tour héroïques et fidèles mais aussi lâches et machiavéliques. Soutenu par une formidable bande originale signée Gottfried Huppertz et de grands acteurs du cinéma allemand de l’époque comme le Docteur Mabuse Rudolf Klein-Rogge ici en Attila, Les Nibelungen s’avère être une réussite totale et grâce à la restauration délicate réalisée se montre ici sous son plus beau visage et dans une version sans doute proche de l’originale. Un régal de cinéphile à ne louper sous aucun prétexte !
 

Points Positifs
 :
- Un monument absolu du Septième Art qui n’a strictement rien perdu de sa force un siècle après sa sortie. Grandiose, stupéfiant dans sa conception, d’une longueur peu commune pour l’époque, d’une richesse étonnante, servi par des décors magnifiques et un casting cinq étoiles, Les Nibelungen s’avère être un des plus grands films de l’histoire du cinéma allemand, ce, tous genres confondus.
- Inspiré par la Chanson des Nibelungen, récit médiéval germanique datant du début du Moyen-âge mais aussi par l’opéra de Richard Wagner, Les Nibelungen s’avère être une excellente adaptation dont la principale différence est que, ici, l’accent est mis sur les protagonistes humains du récit tandis que les dieux, eux, brillent par leur absence.
- Un film, deux parties, Siegfried et La Vengeance de Kriemhild. En tout, près de cinq heures de pur bonheur pour une œuvre tout simplement intemporelle.
- Des décors tout simplement somptueux, une audace visuelle de tous les instants, des effets spéciaux étonnants pour l’époque, sans oublier, le coté expressionniste qui fait de ce film un des plus beaux représentants du genre.
- Un casting, pour l’époque, naturellement, que l’on peut qualifier de cinq étoiles avec de grands noms du cinéma germanique comme Margarete Schön, Paul Richter, Hans Adalbert Schlettow, Hanna Ralph, Theodor Loos et Friedrich Rudolf Klein-Rogge pour ne citer que les plus connus.
- Si l’intrigue peut apparaitre comme étant plutôt simple, a priori, puisque celle-ci s’inspire d’une célèbre légende germanique, le scénario est nettement plus ambigu qu’on pourrait le penser de prime abord.
- Un long métrage qui aura inspiré bien d’autres œuvres du même genre et à qui la Fantasy moderne doit énormément, c’est un fait !

Points Négatifs :
- Bien entendu, Les Nibelungen n’est absolument pas un film destiné au grand public et il faut reconnaitre que, avec son siècle d’existence, celui-ci, actuellement, n’est uniquement destiné qu’à une petite frange du public que l’on qualifiera de connaisseurs…
- Certains risquent de voir dans ce long métrage une œuvre de propagande qui, finalement, servira énormément l’état Nazi. Naturellement, les choses sont bien plus compliquées qu’on pourrait le penser de prime abord…

Ma note : 9,5/10