Pages

samedi 30 mai 2026

Gamma – Visions


Gamma – Visions
 
Débutée en 2010, l'œuvre pharaonique de Jens Harder s'achève avec son nouvel opus, Gamma – Visions. Nous ayant offert un éclairage approfondi sur le passé et le présent de notre monde avec Alpha et Beta, l'auteur se consacre cette fois à l'exploration du futur de l'humanité. Pour cet ultime chapitre, il imagine, à partir de différentes hypothèses scientifiques, un avenir incertain et plausible, parfois glaçant. Fidèle à ses compositions chromatiques mêlant vert, rouge et sépia, la saga se conclut avec un bleu éclatant, une couleur froide sans doute destinée à souligner l'inexorable destin de l’humanité. Plus qu'un simple roman graphique, cette œuvre somme de plus de 1300 pages est une véritable encyclopédie riche et visuelle. Le savoir-faire incomparable et l’inventivité de Harder se manifestent par une narration fluide et minimaliste, laissant toute la place à l'image. Un final magistral qui s’impose comme un jalon incontournable de la bande dessinée.
 

Gamma – Visions
Scénario : Jens Harder
Dessins : Jens Harder
Couleurs : Jens Harder
Couverture : Jens Harder
Editeur : Actes Sud
Genre : Science
Pays d’origine : Allemagne, France
Langue d’origine : allemand
Parution : 15 octobre 2025
Nombre de pages : 220
 
Mon avis :
 Plus de seize ans, seize longues années avant que, finalement, le sieur Jens Harder ne vienne conclure ce qui restera, sans discussion possible, comme étant son œuvre majeure, bien entendu, mais aussi, il faut le reconnaitre, comme étant une œuvre qui aura marquer le petit monde de la bande dessinée tout court, ce, même si le format dépasse allègrement le genre. En effet, ce fut en cette désormais lointaine année 2009 que sortit un certain Alpha – Directions, un ouvrage que l’on peut qualifier sans peine de hors-norme et qui allait, dans les grandes lignes, sur plusieurs milliards d’années, de l’apparition de l’univers a celle de l’espèce humaine, ce, bien entendu, en passant par celle de notre système solaire, celle de la vie sur notre planète et les dinosaures. Quelques années plus tard, en 2014, Jens Harder nous proposa la suite de sa saga avec la première partie d’un certain Beta – Civilisations qui, lui, s’intéressait à l’évolution de l’Homme. Encore un bond de quelques années pour la seconde partie de Beta, nous sommes donc en 2022, et un nouvel ouvrage paru, ce dernier abordant principalement les deux milles dernières années de notre évolution. Mais, vous l’avez compris, la longue histoire de la vie du sieur Jens Harder n’était pas tout à fait achevée et, fin d’année 2025, paru ce fameux Gamma – Visions qui, comme vous allez vite le comprendre, porte plutôt bien son nom. Ainsi, si, dans les trois premiers ouvrages de la saga, Jens Harder avait usé du matériel connu de l’apparition et de l’évolution de la vie sur notre planète et, dans un sens plus large, dans l’univers, dans Gamma, l’illustrateur allemand nous propose ses propres visions du futur, d’où le titre. Des visions qui ne sont, en aucune façons, a prendre au pied de la lettre, naturellement, mais qui n’en restent pas moins plausibles, en tous cas, ni plus, ni moins que d’autres. Et donc, dans cet ultime volet de sa saga, le sieur Harder va, grosso modo, de notre futur proche a la toute fin de l’univers, dans quelques milliards d’années, ce, en nous proposant un sort peu enviable pour l’humanité et un futur où les IA finiront par prendre le pouvoir dans notre planète avant de partir à la conquête de notre galaxie. Bien entendu, une fois de plus, nous sommes en terrain familier et l’on retrouve le procédé habituel de l’auteur, c’est-à-dire, des milliers d’illustrations, certaines inspirées de tableaux, de dessins, de photographies célèbres voir de longs métrages, une narration plutôt rare mais sans que cela soit un défaut ainsi que cette volonté, au fil des pages, de mêler l’ancien au moderne, réalité et imaginaire, ce dernier, fatalement, étant très présent ici… Alors, bien évidement, Gamma représentait un sacré pari pour Jens Harder puisque, dans ce dernier volet, l’auteur met de coté le réel pour l’imaginaire a  proprement parlé, un imaginaire où l’inspiration puise allègrement dans la science-fiction, naturellement. Certains regretteront peut-être cet ultime volet, cependant, malgré les visons de l’auteur, je trouve que ce Gamma était nécessaire. Après tout, l’histoire, que dis-je, la très longue histoire de la vie et de notre univers n’a pas débutée avec l’apparition de l’homme et ne prendra pas fin avec sa disparition, alors, pourquoi s’en tenir a ce dernier ?
 

Points Positifs
 :
- Le volet le plus clivant, fatalement, de la longue saga du sieur Jens Harder mais un ouvrage qui, malgré les craintes que l’on pouvait éprouver au départ, s’en sort à merveille, concluant, par ailleurs, en beauté une saga débutée il y a bien longtemps désormais et qui, selon moi, restera dans les annales du Neuvième Art.
- Bien entendu, ici, c’est une vision particulière du futur qui nous est proposée, celle choisie par l’auteur, cependant, celle-ci, aussi effroyable soit-elle pour notre espèce, n’en reste pas moins comme étant plutôt plausible et nous sort un peu du coté apocalyptique auquel on a bien souvent droit dans ce genre de récits de SF.
- Evolution humaine peu enviable, montée en puissance des IA et prise de pouvoir par ces dernières, changement climatique, exploration spatiale, Big Crunch final avec la disparition de notre univers : voilà un futur bien sombre mais captivant à découvrir…
- On retrouve avec plaisir tout ce qui avait fait la force des précédents ouvrages du sieur Harder, c’est-à-dire, cette multitude d’illustrations, ce découpage audacieux, ce choix de couleurs par période et cet habile mélange entre imaginaire et réel, ancien et moderne et autres comparaisons auquel on n’aurait pas penser de prime abord.
- Une fois de plus, nous avons droit à une couverture pour le moins magnifique.

Points Négatifs :
- Comme je l’avais souligné dans les critiques des volets précédents, Gamma fait parti de ce genre d’œuvres qui, malgré son coté vulgarisateur assumé, n’en reste pas moins assez complexe. Après, tout est une affaire de gouts, bien entendu, et de vouloir posséder une certaine culture.
- Nous quittons ici le réel pour l’imaginaire et Gamma représente, naturellement, une vision de ce que pourrait être notre futur. Fatalement, celui-ci n’est pas à prendre au pied de la lettre.
- Il se peut que certains n’apprécient pas cet ultime volet qui n’apparaissait peut-être pas comme étant nécessaire à leurs yeux ?

Ma note : 8/10

Aucun commentaire: