Gamma
– Visions
Débutée en 2010, l'œuvre pharaonique de Jens Harder
s'achève avec son nouvel opus, Gamma
– Visions. Nous ayant offert un
éclairage approfondi sur le passé et le présent de notre monde avec Alpha
et Beta, l'auteur se consacre cette fois à l'exploration du futur de
l'humanité. Pour cet ultime chapitre, il imagine, à partir de différentes
hypothèses scientifiques, un avenir incertain et plausible, parfois glaçant.
Fidèle à ses compositions chromatiques mêlant vert, rouge et sépia, la saga se conclut
avec un bleu éclatant, une couleur froide sans doute destinée à souligner
l'inexorable destin de l’humanité. Plus qu'un simple roman graphique, cette
œuvre somme de plus de 1300 pages est une véritable encyclopédie riche et
visuelle. Le savoir-faire incomparable et l’inventivité de Harder se
manifestent par une narration fluide et minimaliste, laissant toute la place à
l'image. Un final magistral qui s’impose comme un jalon incontournable de la
bande dessinée.
Gamma – Visions
Scénario
: Jens Harder
Dessins
: Jens Harder
Couleurs : Jens
Harder
Couverture
: Jens Harder
Editeur
: Actes Sud
Genre : Science
Pays
d’origine : Allemagne, France
Langue
d’origine : allemand
Parution
: 15
octobre 2025
Nombre
de pages : 220
Mon
avis : Plus de seize ans, seize longues
années avant que, finalement, le sieur Jens Harder ne vienne conclure ce qui
restera, sans discussion possible, comme étant son œuvre majeure, bien entendu,
mais aussi, il faut le reconnaitre, comme étant une œuvre qui aura marquer le
petit monde de la bande dessinée tout court, ce, même si le format dépasse
allègrement le genre. En effet, ce fut en cette désormais lointaine année 2009
que sortit un certain Alpha – Directions,
un ouvrage que l’on peut qualifier sans peine de hors-norme et qui allait, dans
les grandes lignes, sur plusieurs milliards d’années, de l’apparition de
l’univers a celle de l’espèce humaine, ce, bien entendu, en passant par celle
de notre système solaire, celle de la vie sur notre planète et les dinosaures.
Quelques années plus tard, en 2014, Jens Harder nous proposa la suite de sa
saga avec la première partie d’un certain Beta – Civilisations
qui, lui, s’intéressait à l’évolution de l’Homme. Encore un bond de quelques
années pour la seconde
partie de Beta, nous sommes donc
en 2022, et un nouvel ouvrage paru, ce dernier abordant principalement les deux
milles dernières années de notre évolution. Mais, vous l’avez compris, la
longue histoire de la vie du sieur Jens Harder n’était pas tout à fait achevée
et, fin d’année 2025, paru ce fameux Gamma
– Visions qui, comme vous allez vite le comprendre, porte plutôt bien son
nom. Ainsi, si, dans les trois premiers ouvrages de la saga, Jens Harder avait
usé du matériel connu de l’apparition et de l’évolution de la vie sur notre
planète et, dans un sens plus large, dans l’univers, dans Gamma, l’illustrateur allemand nous propose ses propres visions du
futur, d’où le titre. Des visions qui ne sont, en aucune façons, a prendre au
pied de la lettre, naturellement, mais qui n’en restent pas moins plausibles,
en tous cas, ni plus, ni moins que d’autres. Et donc, dans cet ultime volet de
sa saga, le sieur Harder va, grosso modo, de notre futur proche a la toute fin
de l’univers, dans quelques milliards d’années, ce, en nous proposant un sort
peu enviable pour l’humanité et un futur où les IA finiront par prendre le
pouvoir dans notre planète avant de partir à la conquête de notre galaxie. Bien
entendu, une fois de plus, nous sommes en terrain familier et l’on retrouve le
procédé habituel de l’auteur, c’est-à-dire, des milliers d’illustrations,
certaines inspirées de tableaux, de dessins, de photographies célèbres voir de
longs métrages, une narration plutôt rare mais sans que cela soit un défaut
ainsi que cette volonté, au fil des pages, de mêler l’ancien au moderne,
réalité et imaginaire, ce dernier, fatalement, étant très présent ici… Alors,
bien évidement, Gamma représentait un
sacré pari pour Jens Harder puisque, dans ce dernier volet, l’auteur met de
coté le réel pour l’imaginaire a
proprement parlé, un imaginaire où l’inspiration puise allègrement dans
la science-fiction, naturellement. Certains regretteront peut-être cet ultime
volet, cependant, malgré les visons de l’auteur, je trouve que ce Gamma était nécessaire. Après tout,
l’histoire, que dis-je, la très longue histoire de la vie et de notre univers
n’a pas débutée avec l’apparition de l’homme et ne prendra pas fin avec sa
disparition, alors, pourquoi s’en tenir a ce dernier ?
Points
Positifs :
-
Le volet le plus clivant, fatalement, de la longue saga du sieur Jens Harder
mais un ouvrage qui, malgré les craintes que l’on pouvait éprouver au départ,
s’en sort à merveille, concluant, par ailleurs, en beauté une saga débutée il y
a bien longtemps désormais et qui, selon moi, restera dans les annales du
Neuvième Art.
-
Bien entendu, ici, c’est une vision particulière du futur qui nous est
proposée, celle choisie par l’auteur, cependant, celle-ci, aussi effroyable
soit-elle pour notre espèce, n’en reste pas moins comme étant plutôt plausible
et nous sort un peu du coté apocalyptique auquel on a bien souvent droit dans
ce genre de récits de SF.
-
Evolution humaine peu enviable, montée en puissance des IA et prise de pouvoir
par ces dernières, changement climatique, exploration spatiale, Big Crunch
final avec la disparition de notre univers : voilà un futur bien sombre
mais captivant à découvrir…
-
On retrouve avec plaisir tout ce qui avait fait la force des précédents
ouvrages du sieur Harder, c’est-à-dire, cette multitude d’illustrations, ce
découpage audacieux, ce choix de couleurs par période et cet habile mélange
entre imaginaire et réel, ancien et moderne et autres comparaisons auquel on
n’aurait pas penser de prime abord.
-
Une fois de plus, nous avons droit à une couverture pour le moins magnifique.
Points Négatifs :
-
Comme je l’avais souligné dans les critiques des volets précédents, Gamma fait
parti de ce genre d’œuvres qui, malgré son coté vulgarisateur assumé, n’en
reste pas moins assez complexe. Après, tout est une affaire de gouts, bien
entendu, et de vouloir posséder une certaine culture.
-
Nous quittons ici le réel pour l’imaginaire et Gamma représente, naturellement, une vision de ce que pourrait être
notre futur. Fatalement, celui-ci n’est pas à prendre au pied de la lettre.
-
Il se peut que certains n’apprécient pas cet ultime volet qui n’apparaissait
peut-être pas comme étant nécessaire à leurs yeux ?
Ma note : 8/10
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